Interview with François Maniez

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François Maniez is a corpus linguist at the Université Lumière Lyon 2. He was for years the head of the CRTT (Centre de Recherche en Traduction et Terminologie), which is the research centre for translation in Lyon. What’s more, he is the director of the master’s degree of translation and interpretation at the University of Lyon 2, and he is responsible for the path called Applied linguistics and translation, which is one of the options of that master’s degree.

 

1) Pouvez-vous expliquer brièvement ce que fait un linguiste ? Qu’est-ce que vous trouvez de plus fascinant dans cette branche de la recherche ?

Un linguiste étudie la langue, en se fondant bien sûr sur toutes les recherches déjà effectuées et sur les faits de langue qu’il observe dans les usages écrits ou oraux, contemporains ou plus anciens. Ce qui rend cette tâche passionnante, tout en l’apparentant au mythe de Sisyphe, est le fait que la langue est en constante évolution.

2) Selon vous, quelles qualités doit posséder un linguiste afin d’évoluer dans le monde technologique actuel ?

Un linguiste se doit avant tout d’être curieux, et d’être à la fois précis et exhaustif dans sa description des usages. Pour cela, il est de nos jours particulièrement important de maîtriser les outils qui permettent le traitement numérique des données langagières. Le minimum est l’usage des bases de données terminologiques et des concordanciers, mais apprendre à construire soi-même un corpus peut également s’avérer très utile.

3) Quelles sont, selon vous, les spécificités de la recherche en linguistique en France ? Faites-vous face à des difficultés particulières ou bénéficiez-vous d’avantages particuliers ? Est-ce-que quelque chose a changé au fil des ans ?

La recherche en linguistique ne diffère pas fondamentalement de celle qui se fait dans les autres branches des sciences humaines. Les unités de recherche de chaque université jouent leur rôle au niveau local en permettant notamment aux enseignants-chercheurs de participer à des colloques qui encouragent la diffusion des diverses théories et pratiques.

4) Pensez-vous que les Universités enseignent suffisamment la terminologie ? Quel(s) conseil(s) pouvez-vous donner, si vous pouvez en donner, a ceux qui souhaitent étudier la terminologie ou la linguistique ?

La terminologie est une branche de la lexicologie, et son enseignement devrait à ce titre faire partie du cursus de tout étudiant en langues. Pour ceux et celles qui n’auraient pas bénéficié de tels enseignements, la lecture des ouvrages des linguistes structuralistes et des lexicologues et terminologues francophones et anglophones est nécessaire.

5) Quelles formations sont disponibles pour les étudiants désireux d’approfondir les domaines de la terminologie ou de la linguistique ?

Elles sont trop nombreuses pour toutes les citer. Les universités de Paris Diderot et Lumière Lyon 2, entre autres, intègrent des enseignements de linguistique aux Masters de Traduction.

6) Quels conseils donneriez-vous, si vous en avez, aux nouvelles générations de traducteurs ou terminologues ?

Il est important de maîtriser l’utilisation de corpus de textes au format numérique, ce qui implique une connaissance minimale de la gestion informatique. Les récents progrès de la traduction automatique rendent également nécessaire une formation à la post-édition.

7) Connaissez-vous IATE, et, le cas échéant, vous est-il arrivé de l’exploiter au cours de vos recherches ? Si jamais c’est le cas, avez-vous rencontré des difficultés dans la manipulation de cette base de données ?

IATE fait bien sûr partie des bases de données dont nous recommandons l’utilisation à nos étudiant(e)s, avec entre autres Termium Plus et le Grand Dictionnaire Terminologique. Son interface est très conviviale, et elle a le mérite d’intégrer de très nombreuses langues qui sont absentes d’autres ressources de ce type.

8) Avez-vous des recommandations bibliographiques particulières pour ceux qui s’intéressent au domaine de la linguistique ou de la terminologie ?

Cf. la réponse à la question 4.

9) Y-a-t-il une question non posée ici à laquelle vous tenez à répondre ?

Une simple observation me vient à l’esprit. L’utilisation des moteurs de recherche du web à des fins linguistiques devient de plus en plus fréquente. Même si elle peut s’avérer utile, il ne faut pas négliger le fait que les nombres de résultats renvoyés par ces moteurs de recherche concernant l’utilisation d’une forme ou d’une expression données ne sont que des approximations, et que le web est certes un gigantesque corpus, mais dont les limites sont mal définies, tous les types de l’usage de la langue y étant confondus. Dans le cas de l’anglais, par exemple, une grande partie des contenus postés sur Internet le sont par des utilisateurs dont la maîtrise de cette langue est souvent partielle, ce qui peut générer certains biais dans les usages observés. Pour tirer des conclusions valides concernant les usages, l’utilisation d’un corpus bien conçu est donc préférable.


Interviewed by Gilles Cappuccio. Born in 1995 in Italy. Studied languages (English, Spanish), graduated in translation and linguistics. Former trainee at the DG translation of the European Parliament.